Interview de TTC en 2002

Discussion dans 'Musique' créé par buchiste, 12 Novembre 2009.

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    buchiste Chops from Outerspace
    jviens de tomber là dessus par hasard, c'est Cuizinier et Teki Latex qui expliquent leur premier album (ceci n'est pas un disque), morceau par morceau, au moment de sa sortie.

    Pour ceux qui ne connaissent pas bien, c'était l'époque où ils faisaient encore du son underground, avant leur excellent 2ème album Batards Sensibles, et surtout avant qu'ils ne donnent leur cul pour faire du fric avec 3615 TTC. Ca m'a fait un petit pincement au coeur de lire ça quand on sait ce qu'ils sont devenus. Dans le même genre mais dans un autre style, c'est comme comparer le Booba de Lunatic et Temps mort avec celui de 0.9.

    je pense pas que ça intéressera grand monde, c'est du texte et c'est assez long, mais je vous le mets quand meme, au cas où :)

    source: http://www.90bpm.net/interview/ttc-2002.htm


    "Au gré des titres de l’album, TTC évoquent souvenirs, anecdotes et réflexions plus générales. Ils livrent tout un trousseau de clés pour pénétrer leur univers à la fois alambiqué et sincère.

    1-Intro :

    Petite séquence produite par ex-Flash Gordon et désormais Monsieur Flash. Le breakbeat inédit reconstitué suit l’exemple des disques de battle pour les DJs. Un morceau spécial pour les platines des DJs et la scène.



    1bis - Nonscience :

    le titre qui balance entre les souvenirs et l’inconscient, entre le pyjama et le glaçon.
    C’est un morceau de rap traditionnel dans le sens où c’est de l’égotrip, mais un égotrip un peu particulier à base d’images qui sortent de l’inconscient. On écrit tout ce qui nous passe par la tête, on filtre et on ne garde que les belles phrases.

    Tekilatex : “ Le texte fait beaucoup référence à ma jeunesse. Par exemple, l’image du concours de pyjama mental. Quand j’étais petit, vers six ans, je suis parti en classe de neige et c’était la première fois que je quittais mes parents pendant un long moment, une semaine. J’étais complètement déphasé, sur-vénère, je criais tout le temps, je chialais, je pétais un plomb. C’était atroce. Sur le prospectus, le programme indiquait: “Concours de pyjamas, apportez votre plus beau pyjama…” J’ai donc emporté un super pyjama qui déchirait, trop beau, trop chanmé. Le jour dit du concours, personne ne nous a pas prévenus. J’avais donc déjà mis mon pyjama tout pourri, ce n’était pas le bon et bien entendu j’ai perdu le concours. J’avais demandé si je pouvais changer de pyjama au dernier moment et on m’a repondu que non, pas moyen c’est maintenant. J’ai été traumatisé. Et maintenant, les MCs, je veux les traumatiser aussi alors je leur fais des concours de pyjamas mentaux pour les tuer.

    Cuizinier : « Pour Tek, c’est beaucoup de trucs de l’enfance; pour moi je pense que c’est aussi notre inconscient qui parle. Je me pose devant une feuille, je ferme les yeux et je parle de ce qui me passe par la tête. Par exemple : un faux MC accroché à une corde les pieds posés sur un glaçon, et au fur et à mesure que le glaçon fond, une strangulation s’effectue. »

    La ligne est fine entre l’écriture automatique et chercher tout simplement dans sa tête l’inspiration. Nonscience est plus structuré qu’un freestyle car on ne garde que ce qui est beau. Les limites sont fines entre ce qui vient par l’inspiration et ce qui sort spontanément. La limite de l’expérimentation c’est qu’il faut que ce soit beau et bien tout simplement. Si ça ne claque pas, si cela ne provoque pas une émotion en toi, alors il faut jeter.



    2 - (je n’arrive pas à) Danser :

    C’est le premier single et on espère un futur tube illustré par le clip réalisé par Kourtrajmé. Le son de Tido est une boucle crade de film porno enregistré directement à la télé. Il y a une bonne ambiance pas uniquement dance-floor, aussi un peu sensuelle ( ! ).
    Le refrain t’arrive dans la gueule et tu le retiens hyper facilement, en tout cas l’air en devient presque obsédant ce qui est bien. On se force à faire des refrains. La moitié des titres de l’album n’en ont pas, et quant on en fait autant qu’ils soient bien. Le refrain doit être accrocheur, être dans le thème et l’atmosphère et donner une couleur générale au morceau.
    Il y a un décalage entre les refrains très chantés, tres langoureux et le ra p assez épileptique avec des pauses à certains endroits qui créent une véritable rupture au niveau du flow (par exemple dans les solos de Cuizinier). Le rythme a changé cinquante fois dans la phrase, c’est un truc qu’on essaie en ce moment de travailler et cela donne une vraie ambiance un peu bancale et en même temps carrément mortelle.
    Pour ce morceau, on avait en tête OUTKAST. On voulait donner une ambiance un peu pimp futuriste, et être vraiment à l’aise sur le micro en étant capable d’aller super vite comme hyper lentement. Il y a plein de pauses qui n’ont pas lieu d’être et qui donne une espèce de rythme à l’intérieur du rythme. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas de morceau sans concept compliqué derrière. Ici, « (je n’arrive pas à) Danser » est un thème précis auquel il fallait se tenir et nous sommes partis sur ce que cela nous évoquait sans souci de coller particulièrement à ce thème.
    Pour le clip, on n’avait pas de directives précises. On s’est réuni avec l’équipe de Kourtrajmé afin de penser le truc ensemble avec une seule idée précise d’un grain spécial. On voulait aussi trois ambiances différentes. On voulait avant tout que le clip reflète bien TTC, que ce soit un délire à la fois marrant et qui te foute un peu mal à l’aise, deux émotions contradictoires. Que l’on se dise en voyant le clip « Ahah c’est marrant mais je ne sais pas trop ce qu’ils veulent dire par-là … Mais pourquoi le DJ est un chien… Pourquoi cet homme a une tê'90te sous sa capuche…» On voulait une ambiance un peu sarcastique à la fois étrange, drôle, moqueur ; à la fois pas sûr de soi et orgueilleux, marrant et triste.



    3- De pauvres riches :

    Le morceau a été enregistré à Londres chez et par Dj Vadim qui est revenu au minimalisme.

    Cuizinier sur JLB : « C’est un personnage que j’ai totalement imaginé. Il n’y a rien d’autobiographique, au contraire. C’est peut-être tout ce que je déteste, mais avant tout cela ne fait absolument pas partie de moi. On n’a pas besoin de se plaindre lorsque l’on n’a pas connu le ghetto ; moi j’assume totalement contrairement à JLB et aux autres personnages du morceau. J’ai l’impression d’en voir tout le temps des JLB et de plus en plus depuis que l’on a réalisé ce morceau. »

    Tekilatex : « Des filles aux cheveux rouges, on en rencontre tous les jours. Le portrait n’est pas méchant, juste taquin. Les gens qui se la racontent un peu rebelles de la vie et qui voudraient avoir des problèmes parce que c’est cool de se plaindre ; ils ont l’impression qu’ils seront plus hiphop en se plaignant. Je trouve cela indécent lorsque l’on a de la bouffe dans nos assiettes et qu’il y a bien pire. Il y a des gens qui sont véritablement dans la misère alors que nous, TTC, nous avons réussi à faire ce que l’on voulait, réaliser notre rêve et on se rend compte de notre chance. On ne va pas aller s’inventer une vie.

    On en arrive à un schéma où les pauvres voudraient bien entendu être riches et les riches fantasment sur les pauvres et leur côté ghetto. Ils culpabilisent et voudraient bien s’identifier à l’imagerie du ghetto. Et pourtant, ils ne sont absolument pas prêts à assumer les conséquences d’être vraiment dans la merde. Certains se disent venir de la rue, mais quelle rue ? Celle du VIIeme arrondissement, devant l’Ecole Militaire ; c’est ça ta rue ? ! ! ! Il faut arrêter de parler de trucs que l’on n’a jamais connus. Pourquoi se la jouer auch et caillera alors que dans la vie, on est sympa ? ! ! !
    Le délire Bourgeois-Bohème, c’est avoir le cul entre deux chaises.
    C’est un morceau tout simplement sur l’hypocrisie et sur la quête de l’authentique bidon qu’on nous sert et nous vend en opérations marketing. La crédibilité rue (en réalité inconnue) par pure attitude soit-disant hiphop, cela ne sert à rien. Il faut arrêter de s’inventer une histoire alors qu’il y a des gens qui ont vraiment vécu de réels problèmes et qu’ils ont envie de les dire. Il faut être soi-même.
    Il y a aussi une vraie dimension d’humour dans la caricature de la glamorisation et l’appréciation sélective des quartiers pauvres, en réalité du snobisme.
    buchiste, 12 Novembre 2009
    #1
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    buchiste Chops from Outerspace
    4- Teste Ta Compréhension :

    Le beat est un délire de danse, un morceau tonique. Le principe est d’essayer de donner plusieurs définitions des trois initiales T T C. On voulait faire un morceau de battle tout simple en ayant pour contrainte les trois initiales, en essayant de les transcender et de rendre le morceau intéressant quand même en dehors du fait qu’il y ait cette contrainte. On a pris notre temps pour l’écrire. On a voulu concrétiser des délires bien drôles : Les favoris de Tekilatex :

    « Tony Danza Terminator et Conquistador »
    « Teste et Tu finiras Crucifier avec tes Testicules Transplantees dans ton Colon »
    « Chaque été(T) on trinque à la santé(T) de ton décès(C) »
    Les favories de Cuizinier :« Inte(un T)lligents inte(un T)stables et insé(un C)parables »
    « Trio de Trouble-fête non-Classifiables »
    En résumé : « le Thème de ce Texte est Construit selon une Technique Télékinésique Commune »



    5- Pas d’armure :

    Avec la participation de Dose One et Hi-tekk Le Receleur sur un morceau produit par Para One.
    Nous avons apprecié la rencontre avec Dose One et ce fut un plaisir partagé. Nous nous apprécions mutuellement avant de nous rencontrer, et nous connaissions nos travaux respectifs… On a pu enfin se rencontrer à l’occasion de la tournée en France de cLOUDDEAD organisée par Big Dada. On apprécie grave la musique qu’il fait. Nous avons des influences communes, surtout au niveau de la façon de travailler.
    Pour ce titre, il n’y avait pas de titre défini. L’idée « pas d’amure » est ressortie du texte dans le sens où l’on essaie de ne pas lutter contre ce que l’on ressent.
    C’est un cri !

    Le morceau se veut évolutif avec un festival de flows, des mélodies qui reviennent et de belles phrases, le côté compet’ entre les MCs disparaît complètement afin de mettre en avant la beauté du morceau avant tout.

    Tekilatex : « Entre moi et Dose One, au début du morceau, on essaie de faire comme si c’était sa voix qui se transformait en la mienne, comme si j’étais une continuité des mélodies qu’il avait faites au départ. Chacun étant un peu le miroir de la mélodie de l’autre. C’est au contact de Dose que l’on a eu cette volonté de réflexion. Lui, il calcule beaucoup ces techniques de symétrie. Les réponses entre les couplets est un thème assez important. Au niveau musical, l’un rebondit sur l’autre»
    Dans ce morceau, Dose exprime ses sentiments quant à son arrivée en France, du genre « what the fuck is goin’ on, je suis à l’autre bout de la planète mais en même temps je rencontre des gens qui sont pareils que moi et d’autres avec qui le contact ne passe pas du tout»
    Une partie du texte a été écrite après le départ de Dose One. Il y avait eu des malentendus engendrant pas mal de frustrations : « prends le temps d’aider les gens et ta seule récompense c’est un chewing-gum a la poussière »
    Avec Dose, nous partageons cette même volonté de proposer des expériences différentes sur une scène commune, avec à chaque fois des entités tres prononcées; cette même volonté de se présenter de façon totalement honnête.
    Nous sommes intéressés par l’idée d’une scène comme centre névralgique avec deux, trois personnes qui en sont les représentants, et autour desquels gravitent plein de groupes et plein de ramifications, comme une sorte d’arbre généalogique. Par exemple, ce fut le cas à New York a l’époque de l’émission de Bobbito Garcia ou du label Fondle’em ou à Los Angeles avec le micro ouvert de Project Blowed. C’est encore embryonnaire en France mais il y a beaucoup de producteurs de haut niveau (au même niveau que ces grands noms dont on achète les disques) et pas assez de MCs. En tout cas, il commence à s’y développer des entités très fortes. Nous, en tant que TTC, nous essayons d’apporter quelque chose de vraiment à nous, de pousser vraiment au maximum, et que les gens commencent à se rendre compte qu’il y des choses qui se passent.



    6- Reconstitution :

    C’est un morceau où on a essayé de repenser les canons du système narratif du rap storytelling. On raconte une histoire mais on baise toute la structure du morceau. On le fait à travers trois points de vue diffé'8erents ce qui implique des incohérences. Un mec se rappelle un truc et un autre un truc différent ou perçu différemment.
    Les trois points de vue sont : celui de la victime qui vient de se faire tuer (interpreté par Cuiz)
    celui du malade mental qui a commis le meurtre (interpreté par Tekila)
    celui du flic qui va enquèter sur l’affaire et tout reconstituer et faire un compte rendu extérieur une fois que l’incident est clos (interpreté par Tido)
    A la base, tu ne sais pas vraiment qui a commis l’aggression et qui en a été victime. Le coupable/malade mental n’est pas sûr de lui et le flic est un peu corrompu bizarre. Le flic a vécu une expérience dans sa jeunesse qui l’a rendu lui-même un peu psycopathe. A la fin, il emmène le tueur tétanisé de peur avec lui et tu ne sais pas ce qui va lui faire. Un tueur qui est finalement plus victime (de sa maladie mentale) que coupable, plus victime de ne pas avoir pris ses médicaments que coupable d’avoir assassiné sauvagement quelqu’un. Une sorte d’autiste bizarre qui a tué dans un état second et qui n’était donc pas responsable de ses actes. C’est une ambiance un peu glauque où il n’y a ni bons ni méchants et où les pistes sont brouillées. C’est surtout un délire de détruire un peu la dimension basique d’une histoire, de présenter cette histoire comme un puzzle. On peut comparer ce délire au film Memento (meme si le morceau a été réalisé avant), c’est le même schéma. Mais on a été plus influencé par des gens comme Tarantino ou David Lynch en fait, qui racontent parfois en se servant de flash-backs.



    7- Subway : une nouvelle légende urbaine.

    Beaucoup de gens sont passés à côté de « Subway » parce que « Léguman » avait une dimension tellement extra-terrestre, inhabituelle que certains n’ont retenu que ce morceau.

    Tekilatex : « Alors que pour moi Subway est le morceau que je considère avec du recul comme mieux, avec un meilleur son. En tout cas, c'est le meilleur son que nous avons fait avec Flash »

    Orgasmic apporte quelque chose au morceau avec ses scratchs qui possèdent une couleur bien speciale. C‘est la même démarche que dans nos flows, volontairement un peu bancals pour encore mieux se rattrapper par la suite. La technique est complètement mise au service de la musicalité du titre. Elle est tellement maitrisée que dans le cas d’Orgasmic, il peut se permettre d’en faire abstraction. Il peut oser, il peut ne pas trop en faire, ne pas faire une démonstration simplement technique et se laisser aller en appuyant sur ses points faibles et faire de ses scratchs un délire imprévisible. C’est en fait un délire MF DOOMien du scratch ; il est tellement à l’aise qu’il peut se permettre des petits écarts pour ensuite mieux revenir dedans et y donner un côté swing.
    La technique de s’identifier chacun à un élément du métro apporte un nouveau point de vue qui permet de sublimer et de détourner un truc assez habituel comme le métro. C’est aussi un exercice de champ lexical. Le métro est à la fois un lieu fascinant, mystérieux, horrible, ennuyeux, ennuyant… Tout.

    Tekilatex : « tu peux te perdre dans l’osbcurité du truc et te dire, mais putain qu’est-ce qui se passe ? Dans la nouvelle version du film Godzilla, même si le film n’a rien de terrible, les images m’avaient beaucoup marquées et particulièrement lorsque Godzilla déambulait dans les couloirs du métro. C’est assez flippant quand on y pense toutes les bestioles qui peuvent y vivre. On se demande : mais qu’est-ce qui peut vivre à l’intérieur ? Je suis persuadé qu’il y a une faune assez intrigante. Oui, ce qui m’intéresse, ce sont les faunes en milieu urbain. Il paraît, par exemple, qu’il y a des faucons qui vivent dans Notre-Dame. Il y a plein de légendes urbaines par rapport à cela. Et quand tu y penses, des alligators dans les égouts, ce n’est pas si con lorsqe l’on sait qu’il y a des gens qui balancent leurs animaux encore vivants dans la cuvette des chiottes. Il paraît même que dans le métro parisien, on y trouve des blattes vénézueliennes rapportées par des collectionneurs. Beurk.»



    8- Pollutions :

    On y retrouve La Caution. Nous sommes partis de l’idée de pollution et nous avons essayé d’exploiter toutes les formes de pollutions. Pour nous, la pollution est un parasite qui va agir, modifier et dégrader l’environnement dans lequel il s’est greffé. Le fait de déplacer des choses et des gens provoquant une modification des endroits est un phénomène intéressant qui peut être soit nocif, soit bénéfique. Dans la musique, c’est ce que nous faisons aussi, nous venons dans le rap pour le pourrir comme des espèces de virus.
    L’influence des gens autour de toi peut affecter ta façon de penser. C’est de la pollution mentale.

    Cuizinier : « Jour de pluie, ne regarde pas derrière car il est un jour plus vieux/pluvieux » : « ici, je compare la pluie aux larmes, mais il faut avancer et positiver »
    « des ballons dirigeables remplis non pas d’helium mais d’un nombre incommensurable de pensées négatives se dispersant, la pollution ce n’est pas le diesel, ce sont les ondes de ton cellulaire»
    Il y a des gens qui viennent te polluer la vie et te mettre des sales idées dans la tête pour te niquer la journée et pour te faire reculer.
    Pour nous, le pollueur du jour serait le journaliste (ndlr : TTC est en pleine promo) qui nous emmerde.

    Tekilatex : « j’ai été journaliste et cela m’a un peu dégouté. Tu vois les deux côtés de la barrière. Tu réalises les fois où les artistes sont mal interprétés et combien il est difficile d’avoir du recul sur un art, de le théoriser et de le mettre sur papier »
    buchiste, 12 Novembre 2009
    #2
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    buchiste Chops from Outerspace
    9- Soudaine montée d’adrénaline dans l’éloge :

    Avec la participation de James Delleck. Nous y décrivons notre émotion par rapport à la scène : ce mélange d’amour et de haine, de stress et de motivation.

    Tekilatex : « c’est un morceau que je kiffe au niveau du style. Il y a des variations de ouf’ à l’intérieur de nos couplets. Tido, Cuiz et James font des trucs mortels au niveau des pauses avec des accé'8elérations incroyables et une véritable envolée stylistique »
    Le morceau décrit la situation où l’on est tout endormi, puis on doit monter sur scène, alors on y va. Il y a un changement de rythme entre le moment où l’on est tout mort, celui où il faut que l’on se motive et celui où l’on est sur scène et qu’il faut tout déchirer. La scène est ambivalente, soit on se lâche ou soit on peut se retrouver bloqué.
    Nos meilleurs souvenirs de scène, c’était en Finlande, et au Batofar particulièrement au premier concert Hip Hop Résistance où un moment on faisait le premier couplet de « Léguman » a cappella et là tout à coup « Subway » débarque.
    Notre souvenir le plus cheulou, c’était cette année aux Trans’ avec Techno Animal à 6h du mat’. Nous étions complètement bourrés. On avait prévu un truc sur scène et au dernier moment Techno Animal ne le font pas; on a du totalement improviser alors que l’on était déjà sur scène.
    Enfin, sur scène on fait notre truc et on rigole bien. On a un délire bien branleur par rapport à cela.




    10- Toi-même :

    Le morceau est hyper dansant et aussi assez aggressif. Il a été produit par Fab. On voulait un truc un peu a la Timbaland underground, hyper hardcore avec des basses un peu dub et un rythme syncopé. On a essayé de faire un titre en même temps accessible et underground, un titre qui te met la pression car il te donne envie de te lever.
    Toi-même est la suite d’un morceau, Toi, ce qui est toujours difficile à négocier. On a pris le parti de mettre une ambiance complètement différente de l’original déjà sorti en maxi et de faire un truc que l’on ne puisse pas comparer trop facilement à la première version. A part le refrain et l’idée générale, il n’y a rien en commun entre les deux versions. Ce sont deux extrèmes. Je (Tekila) crois que l’on a réussi à pousser le délire punchline plus loin dans toi-même.
    Sur scène, pour la tournée, les deux morceaux seront combinés car le bpm est assez proche et ainsi on pourra passer d’un morceau à l’autre.
    Peut-être que tous les maxis sortis précèdemment seront réédités ensemble sur un support CD plus tard.
    Nos relations sont différentes avec chacun des producteurs avec qui nous travaillons. Fab arrive avec des bases de sons, on choisit et on décide ensemble en expérimentant des trucs. Quant à Flash, il nous livre le produit fini qui est d’un tel niveau que c‘est plus à nous de nous adapter au truc. Lorsque Tido produit, on fonctionne sur le mode de l’échange. Avec Vadim, on va poser sur un squelette, une base avec un beat et un sample, puis lui autour de ce que l’on a posé, il va carrement faconner le beat. C’est un peu pareil avec Para. Avec Tacteel, ca dépend des sons. On aimerait bien travailler avec des producteurs de musiques électronique, c’est en projet. Au niveau hip hop on a deja beaucoup de gens talentueux autour de nous, mais ca ne nous dérangerai pas de collaborer avec quelqu’un comme Donkishot que Tekila apprécie pas mal.

    11- En soulevant le couvercle :

    Avec un featuring de Yarah Bravo qui a une voix excellente et que l’on apprécie énormément. Le beat est de Tacteel, quelqu’un avec qui on s’entend très très bien et avec qui on bosse beaucoup en ce moment et avec qui on va beaucoup bosser encore.
    Comme « Pas d’armure », le morceau parle beaucoup de notre difficulté à se confronter à ses émotions, la difficulté d’assumer ce que l’on ressent et la difficulté de l’exprimer ainsi que la peur d’être mal compris et l’envie de parfois se construire une carapace.

    Tekilatex : « Je parle de carapace et de casque ; je fais référence à une sorte de bouclier anti-émotionnel que je pourrais me construire en goretex : ‘combinaison en goretex avec efficacité maximale idéale pour le camouflage de ses pensées, adaptable à tous milieux sociaux et totalement renforcé’ que je récite comme une sorte de publicité pour renforcer et accentuer le délire pas d’emotion du tout. Je flippe tellement que je me robotise par peur. Je fais appel à pas mal de trucs de ma jeunesse. Je parle de trucs que j’ai pu ressentir par rapport à des filles que j’ai rencontré en rêve. Ces filles rêvées sur lesquelles tu es incapable de placer un visage et pourtant tu as l’impression de les connaitre. Tu rêves d’une meuf qui t’attend dans un endroit, tu as l’impression de la connaitre alors que tu ne l’as jamais vue. C’est une espèce de personnification de toutes les meufs que tu as pu connaitre dans ta vie. Je parles aussi d’experiences plus concrètes et personnelles que j’ai pu avoir avec certaines filles”
    On avait besoin d’une voix féminine qui aurait pu apporter quelque chose au morceau en renvoyant à cette idée-là. Il y avait donc Yarah sur Paris à ce moment-là. On lui a proposée de venir poser en lui disant que cela nous ferait plaisir. On lui a expliquée le thème, et on a écrit un truc vite fait de trois lignes. Elle a écrit sur le moment ce que cela lui inspirait, elle a posé son truc et c’était parfait. Elle a su interpréter ce côté on se protège mais en même temps on étouffe, alors on est obligé de se laisser aller un moment mais c’est difficile. Tu flippes de t’être mal exprimé et de faire passer quelque chose qui n’est pas tellement toi. Les relations entre les gens sont toujours difficiles.
    C’est vraiment le morceau perso et intimiste de l’album. Comme « pas d’armure » et « nonscience », mais ici on atteint un paroxysme.
    Le son est lent et éprouvant. On a choisi un bpm extrèmement lent un peu comme font certains groupes californiens. C’est en discutant un jour avec Pijall du groupe finlandais Ceebrolistics que je me suis rendu compte que les beats lents permettaient d’explorer plus de choses au niveau du flow, et permettaient de rendre certaines émotions. C’est sans doute le morceau le moins accessible. Il y a une atmosphère pesante qui traduit l’état d’esprit que l’on peut véhiculer avec ce morceau. Le fait que le titre ne soit pas accessible, c’est aussi une forme de carapace. C’est un peu « la tortue piquante camouflage à toute épreuve triple couche de confiance en soi » qui ne laisse pas les gens entrer dans cet univers tout de suite.

    12- Elémentaire :
    On a énormément de respect pour le hiphop mais parfois on a l’impression que c’est pris de manière trop naïve. Le côté pluridisciplinaire du hiphop a beaucoup été simplifié'8e par les media afin de le presenter plus facilement. Pourtant, il y a beaucoup de graffiti artistes qui n’écoutaient pas de rap à l’époque. Le milieu de la danse s’est pas mal refermé sur lui aussi. On suit un peu la danse car on a des potes qui pratiquent, mais vraiment de loin. En ce qui concerne le tag, on n’a jamais tagué, enfin cela n’a jamais dépassé le stade des gribouillages et des cahiers, mais on connaît énormément de gens qui pratiquent le graffiti. Par contre, Tido a dansé au tout début, il est venu au hiphop par-là et il a touché aussi un peu aux platines.
    Le hiphop, c’est une vraie culture et ce morceau est une facon de lui rendre hommage. On dit Ok c’est une culture qui comporte quatre éléments, mais on essaie de voir plus loin, au-delà de cela. On l’a sublimé, on en parle comme si c’était les éléments naturels et pas seulement par folklore. On veut éviter d’en parler de facon robotique sans profondeur. On veut plutôt chercher à savoir où est la beauté dans le break ? Qu’est-ce que peut évoquer le break ? Ce n’est pas juste un mec qui tourne sur la tête mais aussi une remise en question de plein plein de choses concernant la danse traditionnelle. Il y a aussi la beauté du truc qui va t’évoquer le vent ou un hélicoptère ou encore une scène apocalyptique où les éléments se déchainent. Notre démarche a été d’évoquer plutôt que de retranscrire. Le schéma d’ « Elémentaire » est la personnification des quatre catégories du hiphop en quatre éléments de la nature. Par exemple, le DJ est comparé au feu car il enflamme les foules. On veut savoir pourquoi c’est beau ? Pourquoi cela t’intéresse ? c’est pas juste « parcequ’il est DJ », « parce que les quatre éléments », « parceque le hip hop » ; ou bien « parceque l’on est tous copains ». C’est une remise en question qui veut dépasser les « parce que » et chercher à aller plus loin. On veut savoir ce que cela déclenche en toi, connaitre ce que l’on ressent : une énergie ? Un choc ? Une friction ? On veut éviter le côté terre-à-terre et scolaire et se concentrer sur ce que le hiphop nous fait éprouver et ressentir.



    Il faut acheter le disque pour nous aider à devenir des rockstars qui roulent en cadillac et qui baisent des putes. On sait très bien que l’on ne fait pas de la musique de Top 50. Mais en tout cas, nous sommes super fiers de cet album. C’est un aboutissement et une putain d’étape que l’on a tous beaucoup attendue. C’est mortel de pouvoir livrer un truc qui soit vraiment nous avec différentes facettes. Ce n’est plus juste deux faces d’un maxi où t’es obligé de donner une interprétation bipolaire blanc / noir pour qu’ensuite les gens soient obligés de reconstituer la palette de couleur eux-mêmes affin de comprendre qui tu es vraiment. Plus ça va, plus on arrive à exprimer ce que l’on est, et là les gens commencent a avoir une véritable palette, un vrai choix de morceau pour reconstituer notre univers. Et puis on verra plus tard. Si cela se trouve dans deux ans on va détester ; mais ce disque nous aura bien correspondu à l’époque. Alors maintenant, il va falloir travailler sur un deuxième album..."
    buchiste, 12 Novembre 2009
    #3
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    JetseX02 3*X*P*4*T
    Haaa, teste ta compréhension et de pauvres riches, Tout Tout Chanmé !

    J'aimais vraiment bien, j'ai même toujours un poster dédicacé dans ma chambre, j'sais pas de quand il date mais pour dire comme il est vieux, je l'ai choppé à la soundstation (oui elle fut ouverte un jour :D) et ils chantaient encore de pauvres riches... Le bon vieux temps :). Maintenant on a droit à du super commercial, et je rejoins tout a fait ta comparaison avec Booba, sauf que lui, c'est un JLB :p
    JetseX02, 12 Novembre 2009
    #4